Rover en concert le 31 octobre au Splendid de Lille

Du 15/10/2013
au 01/11/2013

© Philippe Lebruman

Timothée Régnier, alias Rover, c’est le genre de découverte que l’on aime faire, par pur hasard, dans un bac chez le disquaire du coin, ou au détour d’une page Youtube. Une voix remarquable et puissante, qu’il balade des graves aux aigus avec une aisance déconcertante, une carrure hors du commun, des mélodies bien pensées. Grand homme à la sensibilité presque palpable, inspiré des plus grands, de David Bowie aux Beatles, Rover sortait fin février son premier album dont il est venu interpréter quelques titres à la Fnac de Lille. Rencontre avec le chanteur, deux heures avant un showcase sans autre artifice qu’une simple guitare. Il sera en concert au Splendid de Lille ce 31 octobre!

Rover, comme la voiture ?

Comme la voiture, entre autres. Mon père conduisait une Rover ; c’est là que j’ai fait mes débuts avec la musique, en partant en vacances, à l’arrière de cette voiture. Des odeurs, des ambiances, le sentiment de partir en vacances sur fond musical, Beatles, Beach Boys, Gainsbourg… Mon père est un fan de culture anglo-saxonne ! Le mot s’est imposé au moment de commencer le projet. Il me hantait au moment d’écrire les titres. Phonétiquement, esthétiquement, par sa signification aussi, l’errance, ça faisait écho aux voyages que j’ai pu faire à New York, au Liban, aux Philippines…

 

Vous avez d’ailleurs été expulsé du Liban…

Ouais ! (rires) En trois ou quatre jours j’ai dû plier bagage pour une histoire de visa que j’avais pas renouvelé… J’avais un groupe de rock là bas, je crois que le début de notoriété a dû les agacer, et ils m’ont renvoyé chez moi !

Comment la musique est-elle entrée dans votre vie ?

Je suis entièrement autodidacte. J’ai reçu ma première guitare à l’âge de sept ans, par le Père Noël (rires), et j’ai appris à comprendre l’instrument. J’ai ensuite appris d’autres instruments, comme le piano, la batterie, la basse… de façon très ludique et toujours très libre, en cassant les frontières et en ne respectant pas beaucoup de règles. Je ne suis pas un grand fan de la pédagogie en musique. La musique que je fais a besoin d’un maximum de liberté et d’inconscience. Elle s’en remet plus à du ressenti, de l’émotion, qu’à des codes de création.

Vous avez composé l’album entièrement seul ?

Oui. J’ai rencontré Samy Osta, qui a réalisé l’album, et on s’est mis d’accord pour que je fasse tout moi-même, pour que l’album soit le plus personnel possible, le plus honnête. On a enregistré en analogique dans un vieux studio, dans une grande pièce où tous les instruments étaient branchés, et je passais d’un instrument à l’autre, comme chez moi. Je commençais avec une guitare acoustique et ma voix, accompagné d’une très vieille boîte à rythme, on enregistrait sur bande, et on couchait les bandes les unes sur les autres.

Votre album, sorti fin février, rencontre déjà un succès qui semble aller grandissant. Comment vivez-vous cela ?

C’est super, vraiment super ! Rien que là, à Lille, des gens m’ont arrêté pour me féliciter pour l’album ! Je suis un grand solitaire au quotidien. J’ai dû me faire violence pour sortir un disque aussi personnel, avec une émotion la plus vraie possible, et ça y est, je suis exposé au public, aux médias. Le fait d’avoir des retours positifs et encourageants, c’est tellement important ! Ca fait partie des carburants du musicien. C’est la plus belle des récompenses. D’une manière générale, c’est un mélange d’angoisse, d’euphorie, de joie ; c’est un rêve de gamin de huit ans qui se réalise.

Vous vous y attendiez ?

Non, pas du tout. On ne s’y attend jamais. Ce qui me faisait le plus peur, c’était l’indifférence. Qu’on aime ou qu’on déteste ne me dérange pas. Ceux qui détestent, au moins, s’y intéressent. L’indifférence, il n’y a rien de pire. C’est le rien, le niveau zéro. J’ai eu de la chance et on ne peut jamais s’y attendre. Le tout, avec le recul, c’était de faire un album qui me plaisait. Après, tu te dis que si ça te parle à toi, ça peut parler à deux ou trois autres personnes, puis peut-être vingt ou trente, puis trois cents…

Comment appréhendez-vous la tournée qui arrive ?

Je suis très excité ! Ça fait partie du processus de travail du musicien – j’aime pas trop le mot travail -, du parcours d’un disque, d’un projet. On a hâte de reprendre les morceaux, les re-triturer, leur redonner une autre facette pour le live, une autre énergie ; on est libre de faire ce qu’on veut. Et puis, pour une fois peut-être, je ferai des concerts face à des gens qui auront assimilé le disque, ça fera écho, et on pourra enfin partager cette émotion au delà du disque. Le live, ça a quelque chose de dangereux, on est sans filet, j’adore ça, c’est très excitant.

C’est ce que vous préférez ?

C’est très compliqué… Il y a une véritable relation homme-femme mariés entre le studio et le live, qui fait que, l’enfant qu’est la musique, peut grandir. Ça serait comme choisir entre son père et sa mère. Le studio a quelque chose de confortable, on est dans un lieu dédié à la création, et le live sert une autre forme de création, de remodelage du morceau, avec ce danger encore une fois… Vraiment, tout ça est complémentaire. Et les deux sont jouissifs !

Vous avez déjà connu une expérience live de grande ampleur, aux Francofolies l’année dernière…

C’était complètement énorme ! Chanter deux trois titres devant 15 000 personnes qui ne te connaissent pas, c’était une expérience unique, que je recommencerais dès ce soir si je pouvais ! 30 000 oreilles d’un coup qui t’écoutent ! Il y a pire bien sûr, des gens qui jouent devant 100 000 personnes, mais déjà, jouer devant 100, même 10 personnes, c’est dur, là c’est un peu surnaturel. Les musiciens sont souvent tellement casaniers. La musique vient souvent de la chambre, un endroit intime, où on se dit des choses qu’on ne dirait pas en public, qu’on enregistre, qu’on habille avec des arrangements, et à la fin on atterri devant 15 000 personnes. C’est à la fois tellement violent, et tellement réparateur…

La critique évoque beaucoup chez vous des influences très marquées : David Bowie, Radiohead, The Beach Boys, The Beatles… Occupent-ils une grande place dans votre travail ?

Je ne souhaite jamais renier mes influences. Elles font partie de nous, que ce soit la musique qu’on écoute, la nourriture qu’on apprécie, les gens qu’on fréquente, les livres qu’on lit, les films qu’on voit… Quand on cite David Bowie, moi ça me fait plaisir, y a tellement pire comme artiste ! (rires) C’est un grand compositeur, un grand magicien de la musique, un grand acteur… Beaucoup de musiciens disent sans arrêt « Oh la la, j’en ai marre qu’on me compare à untel… ». Moi je ne m’en cache pas. Il y a des artistes que j’écoute, que je digère du mieux que je peux, et sur lesquels je m’appuie. On a tous des maîtres. Là où est allé David Bowie, on peut y aller encore, essayer de chercher plus loin, sans prétention, chercher d’autres pistes. C’est ça qui est intéressant. Ce sont des artistes qui ont passé des nuits blanches, qui ont travaillé, qui se sont posé des questions… Il faut le respecter et pas se dire « Non, non, moi je sors de nulle part, de terre, comme ça… » On parle de Bowie mais c’est un parmi une bonne vingtaine qui m’accompagnent encore aujourd’hui.

Quel est votre processus de création ? Quelles sont les choses qui vous inspirent ? Vous semblez accorder une grande part à l’émotion dans vos chansons, cela vous semble-t-il essentiel 

En effet, c’est ça que j’aime. Bon faut faire attention, l’émotion, on peut faire semblant de jouer avec, et ça devient vulgaire. Il faut que ce soit vrai, que ce soit vécu, ressenti. Quant à l’écriture, je n’ai aucune règle, tout m’inspire, vraiment tout ; la gastronomie, la façon dont j’ai dormi… Bien sûr ce n’est pas une inspiration directe, je ne vais pas en parler dans mes chansons, mais ça influe indirectement sur la façon de jouer de la guitare, de placer ses doigts, d’enchaîner les accords… Il faut du lâcher prise. Il faut arrêter le temps, oublier les contraintes quotidiennes, ce qui est quelque chose de très dur à faire, mais c’est le luxe que permet la musique. Se retrouver face à soi-même, mettre en suspend le chronomètre, toutes ces influences diaboliques que sont l’argent et le temps, malheureusement. Il n’y a pas de véritable recette, et s’il y en avait une, je ne sais pas si je la donnerais ! (rires) Simplement, il ne faut pas se réfugier trop vite dans son écriture, il faut être exigeant, mais laisser sa chance à un trait créatif au moins quatre secondes avant de le rayer, se demander pourquoi il est là… Tout remettre en question en permanence et en même temps se faire confiance. Laisser le temps auquel on essaie d’échapper façonner les choses. Time makes what it makes.

Et pour la suite ? Vous pensez au deuxième album ?

Oui bien sûr on y pense toujours. On n’arrête pas le processus créatif, heureusement. Mais je suis encore beaucoup dans cet album, j’ai hâte de le défendre sur scène. Pour l’instant, le prochain album, je suis incapable d’en parler. J’espère que je vais me surprendre, et qu’il gardera cette vérité que j’ai réussi, je crois, à avoir sur ce disque. Les choses se feront, j’espère, comme elles ont commencé, de façon saine et pas trop calculées. Il ne faut jamais trop calculer les choses.

 

Propos recueillis par La Voix l’Etudiant


Organisateur

Verone Productions

Adresse

1 Place du Mont de Terre
59000 Lille
France

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