Pierre Mathiot, rencontre avec l’architecte du bac 2021

 

Pierre Mathiot

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale & Pierre Mathiot en charge de la réforme du lycée et du baccalauréat.

Certains élèves s’orientent en S, parce qu’ils considèrent que c’est « le bac général de la filière générale » 

De quel constat êtes-vous partie pour votre rapport sur la réforme du bac ?
Le baccalauréat dans sa formule actuelle est globalement déconnecté de l’enseignement supérieur. Il est organisé de telle manière que la majorité des élèves connaissent déjà leur affectation dans le supérieur avant même de le passer. Or, cela devrait être un continuum entre le secondaire et le supérieur. Ensuite, le bac est devenu un « monstre administratif », très lourd à organiser : des millions de copies, plus d’une dizaine d’épreuves et des risques de bug… Enfin, il faut redonner de la valeur au bac. Il faut que les moyennes du bac correspondent aux niveaux réels des élèves.

Vous souhaitez mettre fin à l’organisation du bac par filière pour un système où chaque élève choisirait des « majeures » et des « mineures ». Est-ce la fin des séries L , ES et S?
Le choix des filières est souvent pragmatique. Certains élèves, pas forcément très bons en sciences, s’orientent en S, parce qu’ils considèrent que c’est « le bac général de la filière générale ». Un système de « mineure/majeure » peut permettre de rééquilibrer les disciplines. L’objectif ici est de former de « vrais » scientifiques, de « vrais » littéraires qui pourront choisir de bénéficier de volumes disciplinaires conséquents dans leurs enseignements de prédilection.

Vous préconisez de limiter le nombre d’épreuves terminales (français, philosophie, « grand oral » et deux matières « majeures » au choix, et d’évaluer les autres en contrôle continu. Pourquoi ?
Le contrôle continu a pour objectif d’alléger l’examen terminal. Il donne aussi du sens au lycée d’un point de vue pédagogique. L’idée serait de passer d’une dizaine d’épreuves finales à cinq. Elles compteraient pour 60 % de l’obtention du diplôme et comprendraient les épreuves anticipées de français (écrite et orale) et quatre autres épreuves. Sur les 40 % restants, je propose trois options. Première possibilité, des épreuves ponctuelles et anonymes : c’est la solution la plus républicaine mais elle fait peser des contraintes organisationnelles. La seconde option est une prise en compte des bulletins de notes. Elle offre plus de souplesse, mais peut aussi poser la question des inégalités entre élèves et entre lycées. La dernière, est un mélange des deux : les bulletins et les épreuves communes.

Vous souhaitez mettre fin à l’orale de rattrapage. Pourquoi ?
Le « repêchage » est maintenu, seules les modalités changent. Je souhaite qu’il ne soit plus organisé sous forme d’épreuves orales mais passe par l’examen du livret scolaire des candidats dont la moyenne au bac se situe entre 8 et moins de 10. Je suis convaincu que le fait de « rattraper » sur la base de l’examen du travail réalisé pendant deux ans est beaucoup plus juste.

Bio express

1966 : Naissance à Montbéliard (Bourgogne-Franche-Comté)
1985 : Obtient un bac A1 et entre en prépa hypokhâgne à Besançon
1989 : Diplômé de Sciences Po Paris
1990 : Obtient un diplôme d’études approfondies (DEA) d’études Politiques
1996 : Obtient un doctorat en science politique sur « les politiques de l’emploi dans la France des années 1980 »
1999 : Agrégation des facultés de droit en science politique et devient professeur d’université à l’Université de Lille
2007 : Devient directeur de Sciences Po Lille
2016 : Nommé délégué ministériel au parcours d’excellence par Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’Éducation nationale
2017 : Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale lui confie une mission de réforme du lycée et du baccalauréat.

 

 

 


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