Les aspirations des jeunes diplômés

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Directrice Carrières et Prospectives à l’EDHEC, Manuelle Malot étudie depuis 20 ans les aspirations professionnelles des jeunes diplômés, lesquelles ont profondément évolué ces dernières années.

 

EDHEC-Business-School_Manuelle-Malot– Comment se porte l’insertion des jeunes diplômés des grandes écoles ?

« L’année 2017 est bonne alors que nous étions dans une année électorale. On a toujours observé qu’il y avait une hésitation de la part des entreprises lors de chaque élection présidentielle, elles attendent de savoir à quelle sauce elles vont être mangées. Ça n’a pas été le cas cette année, le marché est devenu tellement international que les politiques publiques françaises impactent beaucoup moins qu’auparavant. On note également une stabilisation des jeunes diplômés qui partent à l’international alors que les départs avaient fortement augmenté ces dix dernières années. »

 

– Quelles sont les autres tendances qui se dégagent ?

« Les jeunes diplômés de grandes écoles veulent, dans leur premier job, vivre a minima une aventure. L’aventure qu’ils envisageaient plutôt à l’international avant, est aujourd’hui de nature entrepreneuriale. Cela n’a pas remplacé l’aventure à l’international mais elle vient en complément. C’est l’une des caractéristiques de cette jeune génération : elle vit son début d’expérience professionnelle différemment. Principalement concernant le temps qu’elle va passer dans son premier emploi ; la durée a été très clairement réduite depuis 15 ans. Sur la génération X, on était entre 36 et 37 mois ; pour les plus vieux des  Y, ceux qui ont environ 35 ans aujourd’hui, on était à 27 mois. Pour la génération (Z) qui rentre sur le marché actuellement, on est sur une moyenne de 20 mois. »

 

– Que faut-il déduire de cette évolution ?

« Cela correspond à une aspiration des jeunes qui ne souhaitent plus se projeter dans une carrière à vie. Est-ce que c’est une aspiration ou une réalité qu’ils visent sachant parfaitement qu’ils ne feront pas leur vie dans la même entreprise ? Je crois surtout qu’ils n’en ont pas envie ! Avant on mesurait les CDD comme étant un élément de marché négatif, aujourd’hui, on voit des jeunes qui nous disent “je n’ai pas envie de m’insérer dans un CDI”. On a un changement de comportement générationnel. On a l’impression finalement que l’incertitude du monde économique leur a fait prendre conscience que cette stabilité est un leurre. »

 

-Y-a-t-il d’autres répercussions ?

« Un autre constat écrase toutes les autres aspirations : l’objectif de carrière qu’ils ont de se développer et d’apprendre. C’est le premier objectif de carrière des jeunes diplômés dans toutes nos études, cela passe bien avant la stabilité professionnelle voire les possibilités d’évolution de carrière. Ils veulent se développer sur le plan personnel,  ne pas s’ennuyer, continuer à apprendre et lorsque cet objectif n’est plus satisfait, ils n’hésitent pas à quitter leur poste. C’est à la fois un désir et une adaptation à un marché qui s’est durci et internationalisé. Les jeunes recherchent aussi de la diversité dans les missions, des responsabilités, pas forcément managériales. »


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