42, l’école qui casse les codes de l’enseignement

Lancé en 2013 à Paris, 42 forme les développeurs informatiques de demain. Financé par Xavier Niel, l’établissement bouscule le paysage de l’enseignement supérieur traditionnel avec une méthode d’apprentissage unique en France.

42 Xavier Niel informatique

La Piscine, une expérience unique

La scène est cocasse et peut même surprendre : assis sur un banc, la tête dans les bras, un étudiant termine sa nuit en pleine après-midi. Nous sommes fin septembre, c’est ainsi que s’achève pour beaucoup la session de recrutement pour intégrer 42, plus communément appelée la Piscine. L’école [terme réfuté par les directeurs] lancée en 2013 par Xavier Niel cultive sa différence jusque dans la sélection des ses étudiants. Ici le background académique importe peu, aucun diplôme n’est exigé – l’âge étant l’unique critère pour postuler (18 à 30 ans) – la sélection des candidats se fait non pas sur concours et entretien individuel, mais sur les compétences concrètes et la capacité des étudiants à travailler ensemble, pendant quatre longues semaines.

« C’est un processus de sélection naturel qui intègre les compétences techniques, relationnelles. C’est un ensemble. On ne peut rien négliger. On n’est pas forcément obligé d’être le meilleur dans un domaine, mais rien ne doit être rédhibitoire », explique Dany, 29 ans. Ce Lillois, diplômé d’un master à Sciences Po Strasbourg a passé en 2016 avec succès l’épreuve de la Piscine, il en garde le souvenir « d’une expérience humaine enrichissante unique » loin des concours d’entrée traditionnels, « la France, c’est des examens, des concours » souffle-t-il.

Une pédagogie novatrice et sans professeur

À côté de lui, deux autres étudiants nordistes viennent de terminer les quatre semaines de test. Eux ne dorment pas sur un banc mais les traits du visage sont tout aussi marqués, usés par un mois éprouvant : « C’est dur mentalement. Il faut assimiler beaucoup de notions, je suis sorti quelques fois de l’établissement mais vraiment pas loin, juste pour manger », avoue Lancelot qui a arrêté sa scolarité juste avant de passer son bac S. Comme lui, beaucoup choisissent de dormir sur place pendant la Piscine, l’établissement dispose d’une salle de repos dans laquelle les candidats peuvent apporter leur matelas et oreiller pour se reposer.

À côté de lui, Pierre (22 ans) a fait trois années dans une école d’informatique (WIS) à Lille avant de venir tenter sa chance à 42. À cet instant, tous deux ne savent pas encore s’ils feront partie des 900 admis (sur 3 000 candidatures), mais ils ressortent de la Piscine grandis : « La pédagogie est hyper intéressante, ce n’est pas un prof qui échange avec des élèves mais des élèves qui apprennent ensemble. On s’est rendu compte qu’en expliquant on apprenait mieux ce qu’on faisait. »

La meilleure façon de s’imaginer 42 c’est de la comparer à World of Warcraft

Les 3 000 candidats qui passent l’épreuve répartie en trois sessions (juillet, août, septembre) sont amenés à effectuer tout un tas d’activités, de tests de programmation qui vont déterminer s’ils sont capables d’évoluer dans l’environnement de 42. Nicolas Sadirac, le directeur général raconte : « Ils arrivent, il y a un ordinateur, une vidéo leur explique comment utiliser l’ordinateur, les rudiments, puis ils ont un premier challenge qui arrive. Ils font comme ils veulent. Ils peuvent parler au voisin, aller chercher sur le net. Ils font tout ce qu’ils veulent mais personne n’est là pour leur dire comment faire. Le but est de résoudre tous les challenges. C’est organisé en jours, environ un dizaine de challenge par jour : ils ne peuvent pas passer au jour suivant tant qu’ils n’ont pas résolu 80% des challenges. »

100 % gratuit

Autre originalité : 42 est 100% gratuit et l’apprentissage du métier de codeur se fait sans encadrement. Pas de professeurs donc ni de tuteurs. « Beaucoup de gens ont du mal à comprendre mais ça se passe très bien », rassure Nicolas Sadirac. Seul ou en groupe, les étudiants doivent résoudre des problèmes concrets. Cela commence par écrire une calculatrice, refaire un jeu vidéo avant de travailler sur des projets d’entreprise. Leur progression ne s’évalue pas en années mais en niveaux : de 0 à 21, 15 étant considéré comme le niveau intermédiaire à partir duquel un développeur est jugé « de qualité ».

42 école informatique Xavier Niel

Situés au nord de Paris, les locaux de 42 disposent de plusieurs espaces de détente comme celui-ci

80 % reviennent avec un CDI

« La meilleure façon de s’imaginer 42 c’est de la comparer à World of Warcraft. C’est une sorte de grand jeu où l’objectif est de remplir des challenges en résolvant des problèmes informatiques », résume Nicolas Sadirac. Fondateur d’Epitech, il a créé avec Xavier Niel et deux amis à lui (Kwame Yamgnane et Florian Bucher, deux anciens d’Epitech), cet établissement atypique à partir d’un constat : « L’éducation rate plein de gens qui ont du talent, plus particulièrement dans les métiers de l’informatique, essentiellement parce qu’on enseigne l’informatique comme un métier scientifique alors qu’il s’agit d’un métier artistique. Notre idée, c’est d’aller chercher ces talents, qu’ils aient le bac ou pas, on s’en fiche ! »

 Leur métier c’est d’inventer la suite, il faut apprendre à se débrouiller !

La pédagogie met l’accent sur deux axes majeurs : collaboration et créativité. « Si un étudiant vient pour me dire qu’il n’a pas compris quelque chose je lui dis “tu te débrouilles, va voir tes camarades, Google, c’est ton problème. S’ils y arrivent, tu dois y arriver aussi”. Leur métier c’est d’inventer la suite, il faut apprendre à se débrouiller ! » Un étudiant moyen mettra entre 10 et 15 mois pour atteindre le niveau 7 à partir duquel il part en stage en entreprise pour six mois. 80 % reviennent avec un CDI, certains vont s’arrêter là, d’autres continuer encore un peu. En moins de quatre ans, 42 a déjà formé et lancé sur le marché du travail 2 500 jeunes, venus de la France et du monde entier. Et ce n’est sans doute qu’un début.

Après Paris et Lyon (101), un établissement jumeau, l’Ecole 19, va ouvrir en février 2018 en Belgique à Bruxelles, d’autres existent déjà à Kiev, Amsterdam et en Roumanie.

 Il y a deux ans je vendais des hamsters chez Animalis

« Là où on est en profond désaccord avec le système éducatif, c’est qu’il forme exactement les mêmes étudiants. Tous les gens qui sortent d’une école sont censés être conformes à un cahier des charges qui est le référentiel de compétences. C’est très pauvre. Je caricature mais quand tu en as cinquante pareil, ils n’ont pas plus d’idées qu’un seul », philosophe Nicolas Sadirac. L’une des fiertés de 42 est en effet de rassembler des étudiants d’horizons très variés : cuisiniers, pâtissiers, ingénieurs, écoles de commerce, normaliens, sociologues. Sans oublier que 40 % n’ont pas le bac.

Dans les bureaux de 42, on cite souvent l’exemple de cette jeune fille « brillante » passée par la Web Academy (une formation gratuite pour les jeunes déscolarisés mis en place par Epitech et l’association Zup de Co) aujourd’hui embauchée chez Free : « Un jour, elle se retrouve à discuter avec Xavier Niel, il lui demande d’où elle vient et ce qu’elle a fait. Elle lui répond : ” il y a deux ans je vendais des hamsters chez Animalis.” »


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