Accueil des migrants à l’Université de Lille : des étudiants dénoncent une récupération politique

Arrivés de la « jungle » de Calais à l’Université de Lille, 80 migrants ont reçu la visite ce jeudi de Bernard Cazeneuve. Venu sur le campus de la Cité Scientifique de l’Université de Lille 1, le Ministre de l’Intérieur a échangé avec huit migrants sur leur avenir et leur projet professionnel, une démarche qui n’a pas plu à tout le monde, notamment à certains étudiants lillois.

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Après la précarité de la jungle, les migrants découvrent les joies de la résidence universitaire sur le campus de la Cité Scientifique à Villeneuve-d’Ascq.

L’apprentissage du français : une priorité

Depuis quelques jours, la vétuste résidence E. Galois située tout au fond de là Cité Scientifique de Villeneuve-d’Ascq accueille des étudiants pour le moins particuliers. Ils sont majoritairement soudanais ou syriens, après des mois de galère passés dans la « jungle » de Calais (où ils espéraient rallier l’Angleterre), ces néo-étudiants vont bénéficier d’un parcours-type universitaire qui débutera par un « apprentissage intensif de la langue française. » Huit d’entre eux ont pu échanger sur leur avenir avec le Ministre de l’Intérieur, tantôt dans un français hésitant, tantôt dans un anglais de circonstance. C’est le cas pour Shadi, réfugié syrien de 32 ans et ancien étudiant en droit : « Je m’excuse de parler en anglais, donnez-moi deux mois et je vous promets de revenir ici en parlant français, a-t-il lancé à l’assistance. On m’a demandé de continuer mes études ici en anglais, je ne suis pas d’accord, ce qui est important pour moi, c’est d’abord d’apprendre le français, ensuite seulement je poursuivrai mes études ici ! »

Une deuxième vie pour les migrants

Jamaleldein (26 ans) est Soudanais, il a fui la guerre qui terrorise le Darfour pour rejoindre l’Angleterre, bloqué en France depuis un an, il mesure sa chance : « Nous sommes là parce que nous avons des problèmes dans notre pays, on cherche une protection. C’est une grande chance que nous avons tous ici d’apprendre la langue française et l’éducation. J’ai apprécié les gens que j’ai rencontrés dans la jungle je ne pourrai pas citer les noms de tout le monde tellement ils sont beaucoup (…) Des bénévoles m’ont mis au courant d’un programme pour intégrer l’Université à Lille. » Après avoir fait des études pour devenir maître d’hôtel, Jamaleldein envisage de poursuivre dans le secteur des ressources humaines pour démarrer sa deuxième vie.

C’est maintenant que tout commence ! Maintenant que les migrants sont là, on doit faire en sorte que ça se passe bien pour eux

« C’est nous qui avons tout fait, pas le gouvernement ! »

Une deuxième vie rendue possible par plusieurs dizaines d’étudiants qui ont œuvré d’arrache-pied pour l’arrivée de ces migrants : « L’initiative est partie d’un enseignant chercheur [Giorgio Passerone, professeur d’Italien à Lille 3] en mars 2016, le projet était de faire en sorte qu’une quarantaine de migrants puissent reprendre leurs études. Pour cela on a rencontré les personnes dans la jungle et les associations, puis nous avons établi une liste de 80 noms », explique Marie, doctorante en Littérature Histoire à Lille 3. Si elle se félicite de ce combat mené et remporté, elle regrette le discours et l’attitude du gouvernement pour lequel elle soupçonne une récupération politique : « Dans un communiqué, M. Cazeneuve dit que c’est grâce aux maraudes sociales, nous, on ne les a jamais vues (…) Nous n’avons pas compris pourquoi nous n’avons pas pu entrer dans la résidence, c’est nous qui avons tout fait. On n’a jamais eu aucun contact avec le gouvernement, c’est complètement récupéré », regrette-t-elle. Le Ministre éclipsé, l’action de ce groupe d’étudiants va néanmoins perdurer : « C’est maintenant que tout commence ! Maintenant qu’ils [les migrants] sont là, on doit faire en sorte que ça se passe bien pour eux. »


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